Main menu
TESTRANDOM1.jpg

 

Les objectifs de Panos Caraïbes sont de permettre au gens des Caraïbes de concevoir, conduire et communiquer leurs propres priorités de développement. De tisser des partenariats avec les médias d'information et de communication pour communiquer le développement.

Amplifier les voix des vulnérables, des marginalisés et des exclus.

Huit heures du matin. Carrefour de l’aéroport. Des chauffeurs de transport en commun guettent des passagers. Des professionnels et des petites bourses se précipitent à leurs activités. Avec leur visage ruisselé de sueur, des marchands font le va-et-vient. Ils cherchent à écouler le plus vite possible leurs produits. Au milieu de ce brouhaha, Italia Gillot, qui dit avoir 80 ans, l’air jovial, s’assied devant son réchaud surmonté de deux récipients remplis de café. Elle piste les buveurs.

« J’entreprends cette activité depuis 30 ans, a dit la supposée l’octogénaire avec un sourire dévoilant des chicots noircis par le temps. C’est elle qui me permet de subvenir à mes besoins. J’ai perdu mari et mes 8 enfants. »

Italia arrive sur son lieu d’activité tous les matins à 4 heures et repart à 18 heures, du dimanche au Samedi. Son commerce la permet de joindre difficilement les deux bouts, elle dit vivre au crochet des gens de bonne volonté. « J’ai travaillé toute ma vie comme bonne à tout faire », raconte-t-elle d’une voix enjouée. Les propos d’Italia illustrent la situation de la majorité des personnes âgées en Haïti. Une catégorie apparemment oubliée par les autorités haïtiennes. Pour cause. Beaucoup vivent de la mendicité.

Ce n’est pas la situation de Madeleine qui mendie son pain quotidien à la rue Capois qui dira le contraire. « Tous les midis, je viens mendier ici afin que je puisse trouver quelque chose pour me mettre sous la dent. Je n’ai personne», explique Madeleine une octogénaire assise presque sur la chaussée sans crainte d’être fauchée par les véhicules. Avant d’ajouter : « L’Etat haïtien m’a fait don d’un shelter après le séisme de 2010. Depuis lors je n’ai rien reçu, je survis grâce à l’aide de certains bons samaritains ».  

L’Asile communale de Port-au-Prince, un constat effrayant

A l’Asile communal de Port-au-Prince, les salles sont renfermées et sentent le ranci. N’étant pas électricité, elles sont mal éclairées. Des corps presque sans vie sont jetés dans des lits. Les déshérités de la maison jettent des regards furtifs à la dérobée. Dans la cour, certains d’entre eux discutent, rient et parlent comme pour oublier leur misère qui se lit pourtant à grand trait sur leurs visages. Au bout d’un long couloir ressemblant de préférence à un tunnel, la visite s’arrête là. « Je n’ai pas le droit de m’adresser à la presse sans l’autorisation préalable de la mairie », a répondu laconiquement l’administrateur des lieux à notre première question.

L’asile communal tout  ayant mal loti est l’unique établissement public dans la zone métropolitaine mis à la disposition des personnes âgées. Les églises et certaines ONG tentent de se suppléer à la quasi-absence de l’Etat au chevet des personnes âgées.

L’administration publique et le 3e âge, un mauvais ménage

Agée d’une soixantaine d’année, une femme d’à peine 1m 60, vêtue d’un tailleur gris "blasé", porte des chaussures poussiéreuses qui lui sied très mal. Elle se plie difficilement pour amasser des grains de lilas devant la faculté d’Ethnologie. Edentée plus qu’à moitié, Elle revient de son travail. « J’ai intégré l’administration publique depuis 17 ans comme dactylographe, je suis à l’âge de la retraite, les conditions de travail me sont inappropriées », explique la femme qui raconte avoir eu un enfant, décédé, il y a longtemps. Je suis obligée de travailler pour pourvoir s’occuper de moi. Je ne reçois d’aide de personne. » Fait incroyable, cette femme pratique aussi de la mendicité sous une autre forme. Elle quémande à l’abri des regards. On ne sait pas combien de travailleurs et travailleuses de l’administration publique et privée à l’âge de la retraite qui pratique cette forme de mendicité.

L’assistance étatique, de la poudre à l’œil

L’Etat haïtien a, en 2012  mis sur pied un programme social dénommé "Kore ti granmoun" dans lequel des personnes âgées percevaient mille gourdes par mois. Un programme qui a été suspendu en raison d’un problème de fonds.

Par ailleurs, la CAS ‘’caisse d’assistance sociale’’ censée fournir une assistance aux personnes âgées, en difficulté, peine à remplir sa mission. Il est d’ailleurs difficile de trouver des personnes âgées sachant ce qu’est réellement la CAS. « Les personnes du troisième âge font partie des catégories les plus vulnérables, constate le journaliste et sociologue Djems Olivier. Elles sont sujets à de différentes formes de violence et L’Etat haïtien n’a aucune politique publique en leur faveur ».

Des ONG et institutions religieuses tentent de suppléer à la faiblesse de l’Etat haïtien en matière de protection des personnes âgées. C’est le cas de La fraternité franciscaine de St Antoine. Une meilleure prise en charge des personnes âgées en situation difficile se fait dans la paroisse. « Nous leur offrons des plats chauds et leur fournissons des accompagnements médicaux. Nous faisons tout ceci avec nos maigres ressources », raconte Marlie et Régine, membres de la fraternité.

Les droits inhérents à la personne humaine, "l’égalité" fondement sur lequel se repose la démocratie, les mesures de la bonne gouvernance sont loin d’être effectifs pour les personnes du 3eme âge en Haïti.


Gloria GERMAIN et Magdaline LOUIS-JEAN

http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/161065/Le-calvaire-des-personnes-agees-en-Haiti

Ce reportage a été réalisé dans le cadre de l’atelier de renforcement de capacité des jeunes professionnels des médias et bloggeurs sur « les droits humains, la gouvernance et la démocratie » organisé par Panos Caraïbes en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Bureau régional pour les pays de la Caraïbe et de l'Amérique Latine (BRECAL)  du 4 au 8 juillet 2016.